De la lecture !

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La fourchette d’or a disparu !

Cette histoire incroyable a été imaginée et écrite par Marcel, Ella et Corentin, à la médiathèque d’Écully, dans le cadre du Mois des Jeunes Prodiges en librairie. En partenariat avec la librairie La puce à l’Oreille à Écully.

Il était une fois, à Paris, une grande réception en cours de préparation : les humains s’apprêtaient à accueillir le roi Jsph de la planète Phinejos. Il était en approche pour visiter la Terre et décider, en fonction de ce qu’on allait lui donner à manger, s’il allait la désintégrer… ou pas.
Les Terriens, prévenus à l’avance, s’étaient concertés pour savoir qui pouvait préparer un repas digne de ce roi et sauver notre planète. La réponse était tombée à l’unanimité : le grand chef Macola, meilleur cuisinier du monde, à l’institut Lyfe – Paul Bocuse d’Écully. Il parvenait depuis cinquante ans, sans qu’on sache comment, à préparer des repas extraordinaires et à les déplacer à l’autre bout du monde sans livreur. Son secret : la fourchette d’or, qui multipliait les plats et les téléportait ! Grâce à elle, à partir d’une seule assiette préparée dans la chambre secrète de l’institut, il arrivait à nourrir 250 personnes dans une ville à l’autre bout de la planète ! Il n’avait jamais dévoilé ce secret à personne à part récemment à ses trois petits-enfants : il vieillissait, et il commençait à préparer sa succession.
Ainsi, tous les chefs d’État avaient demandé au chef Macola de préparer la meilleure recette qu’il ait jamais conçue depuis cinquante ans et de la livrer en mille exemplaires pour le grand banquet en l’honneur du roi Jsph et de sa délégation. Il se tiendrait à Paris, au jardin des Tuileries, en plein air, car les Phinejosiens mesuraient chacun deux mètres et aucune salle dans aucun palais n’aurait pu les contenir tous. D’ailleurs, c’étaient d’étranges créatures : elles étaient translucides, comme des fantômes. Elles n’avaient pas vraiment de corps et pouvaient traverser les murs. Tous les objets qu’elles touchaient devenaient à leur tour translucides, jusqu’à ce qu’elles les relâchent.
Le cuisinier avait accepté. Il avait été à la fois honoré d’être choisi et tendu devant la responsabilité. Il s’était mis aussitôt au travail, rassemblant les ingrédients les plus rares et délicats de la planète avant de s’enfermer dans la chambre secrète de l’institut. Il n’en était pas sorti pendant quatre jours. Enfin, alors que les Phinejosiens pénétraient dans l’atmosphère terrestre, il avait ouvert la porte et déclaré :
— Tout est prêt !
Et c’est à ce moment-là que l’incroyable se produisit…

Le chef referma la porte et se dirigea vers son coffre-fort pour sortir la fourchette d’or. Il appliqua son doigt pour déverrouiller le premier verrou à empreinte digitale, puis approcha son œil du capteur prévu à cet effet, puis prononça la formule secrète qui permettait aussi de vérifier à sa voix que c’était bien lui :
— Coffre-fort, ouvre-toi et libère ma fourchette d’or !
Clic.
Clac.
Cloung.
La porte blindée s’ouvrit mais à l’intérieur… RIEN !
Le chef Macola s’évanouit de stupeur. Lorsqu’il reprit ses esprits, il retourna à son coffre. Non, vraiment. Sa fourchette d’or avait disparu ! Il regarda son téléphone : les Phinejosiens venaient d’atterrir à quelques kilomètres de Paris. Malheur ! Hors de question de révéler son secret, personne ne le croirait de toute façon ! Et pourtant, il devait trouver de l’aide. Une seule solution : ses trois petits-enfants, Ella, Marcel et Corentin. Il les appela aussitôt et leur expliqua la situation.
Les trois enfants, habitués aux enquêtes, commencèrent par évaluer les différentes possibilités.
Un chef concurrent qui aurait préféré voir la planète détruite plutôt que de voir le chef Macola la sauver ? Mais comment aurait-il pu pénétrer dans la chambre secrète, et encore plus dans le coffre-fort, alors qu’il ignorait jusqu’à l’existence de la fourchette d’or ?
Le chef Macola qui aurait rangé la fourchette d’or ailleurs ? Mais leur grand-père leur expliqua qu’il avait tout prévu face à cette éventualité : un système verrouillait la porte de la chambre secrète chaque fois que celle du coffre était ouverte. Il était donc impossible de sortir de la pièce sans avoir refermé la porte du coffre — donc remis la fourchette à l’intérieur, car la porte ne pouvait pas se fermer si la fourchette n’était pas dedans.
— Il faut donc que quelqu’un qui te veut du mal t’ait drogué ou hypnotisé grand-père… suggéra Marcel.
— Mais non, répondit Ella, ça ne change rien. Cette personne n’aurait jamais pu sortir de la chambre secrète, sauf à creuser un tunnel ou un trou dans les murs.
Ils auscultèrent tous les quatre la pièce. Non, le blindage était intact. De toute façon, il avait été prévu pour être indestructible : les murs faisait cinq mètres d’épaisseur, en verre métallique, l’un des matériaux les plus durs du monde.
— Le voleur n’est quand même pas passé à travers les murs ! s’agaça le chef Macola.
Les trois enfants se figèrent. Ils venaient d’avoir la même idée et s’exclamèrent en chœur :
— Les Phinejosiens ! Ils passent à travers les murs !
Leur grand-père parcourut d’un œil les nouvelles : la délégation était en train de descendre les Champs-Élysées.
— Le voleur est forcément arrivé par le ciel ! réfléchit Marcel à voix haute.
— Mais alors, il a dû être repéré par le radar du mont Thou ! s’exclama Ella.
— Bien sûr ! s’enthousiasma Corentin. Appelons-les ! Ils ne nous répondront jamais à nous, car nous sommes des enfants, mais toi, grand-père, ils vont t’écouter.
Ni une ni deux, le chef Macola appela le général en chef des armées, qui lui passa aussitôt et sans demander d’explication le commandant suprême du mont Thou. Celui-ci confirma qu’un objet volant non identifié avait traversé le ciel et atterri au milieu du parc du Vivier, à Écully, la nuit précédente.
— Nous n’avons détecté aucune trace de carburant, il n’a pas déclenché d’explosion, il s’agissait donc d’un débris d’astéroïde, conclut le militaire.

Ella, autrice, illustratrice !

Avant que leur grand-père ne raccroche, les trois jeunes détectives étaient déjà partis en courant dans le parc du Vivier. (Coup de chance, c’était dans ce parc que se trouvait l’institut Lyfe – Paul Bocuse). Ils repérèrent aussitôt le lieu de l’atterrissage : un buisson qu’ils n’avaient jamais vu auparavant occupait le centre d’une pelouse !
— C’est la soucoupe qui s’est camouflée en buisson ! commenta Marcel.
Ella murmura, essoufflée :
— Comment on va bien pouvoir l’ouvrir ?
— Et comment ne pas nous faire désintégrer par le Phinejosien ? demanda Corentin, la voix tremblante.
Ella réfléchit une seconde.
— Laissez-moi faire. Je vais le distraire. Pendant ce temps, vous récupérerez la fourchette d’or.
Les deux garçons allaient discuter, mais elle était déjà partie :
— On discutera plus tard, on a une planète à sauver !
Elle fonça vers le buisson et tapa dessus jusqu’à ce qu’une porte s’ouvre et qu’une créature translucide de deux mètres de haut, furieuse, apparaisse. La courageuse petite fille s’enfuit en courant, poursuivie par l’extraterrestre. Heureusement, il n’était pas rapide ! Ella fit plusieurs tours du parc pendant que Marcel et Corentin se faufilaient à l’intérieur de la soucoupe et récupéraient la fourchette d’or.
Lorsqu’elle les vit sortir de la soucoupe avec le précieux objet dans la main, Ella grimpa dans un arbre et fit tomber une grosse branche juste quand l’extraterrestre passait en dessous d’elle. Coincé !

Les trois enfants se précipitèrent vers la chambre secrète et retrouvèrent leur grand-père en pleurs, le téléphone à la main, les yeux rivés sur les images de la délégation des Phinejosiens qui arrivaient au jardin des Tuileries.
— Tout est fini ! gémissait-il.
Mais dès qu’il aperçut les enfants qui lui tendaient la fourchette d’or, il la saisit et la planta dans les plats qu’il avait préparés en prononçant la quantité d’assiettes à servir et l’adresse du banquet. Les plats se mirent à grossir… grossir… grossir… puis ils se multiplièrent. Une grande explosion retentit, un nuage de fumée rose apparut… puis plus rien. Les plats avaient disparu.

Les trois enfants et leur grand-père se précipitèrent sur le téléphone. Au jardin des Tuileries, les immenses tables de banquet étaient désormais couvertes de mets délicieux, prêts à être dégustés par le roi Jsph et toute sa délégation.
Le chef Macola soupira.
— Sauvés ! s’exclama-t-il. Bravo, mes chers enfants !

FIN